April fish and other hoaxes

Didier Paul, ancien éléve d l’Ecole normale supérieure, a publié un recueil de nouvelles, Le bout de tes seins, et Esthétique du combat, un essai philosophique.

Je souffre, donc j'écris

C’est dur. Mais il ne faut pas céder, ni sur son désir, ni sur la guerre du goût, ni sur le combat contre le capitalisme, le néolibéralisme et l’impérialisme anglo-saxon. C’est ce que je me disais l’autre soir en buvant un Cola Heavy au Café de Flore, c’est ce que je me dirai toujours – même si c’est dur.

Baudelaire, Rimbaud, Debord – les poètes maudits sont là. Les poètes maudits sont avec nous: mes semblables, mes frères. Il y avait aussi Philippe Sollers au Flore, lui aussi, il buvait un Cola Heavy. Il est des signes qui créent une communauté inavouable.

Bien sûr qu’on persécute Sollers; bien sûr qu’aujourd’hui, le marché domine tout; bien sûr qu’on supporte mal la liberté, la profondeur et l’intelligence. Bien sûr que les médias, l’édition, la bêtise, le fascisme rampant le vouent aux gémonies. Mais Sollers résiste, lui aussi.

N’a-t-il pas courageusement défendu Martin Heidegger, alors que l’idéologie marchande qui écrase les Universités anglo-saxonnes n’admet plus qu’il en va de l’être dans toute poésie? N’est-il pas seul à dire, ou presque, que le grand sage de Fribourg est l’unique recours contre la domination technique et l’oubli de l’authenticité? Ne faisait-il pas preuve d’une extraordinaire clairvoyance en retournant si courageusement sa veste à col Mao? Regardez-le, qui récite Hölderin à haute voix, en commandant un troisième Cola Heavy, imperturbable, souverain. Ne s’est-il pas agenouillé devant le Pape Jean-Paul II, ce phénoménologue et philosophe, alors que le capital veut abolir le grand humanisme de l’Eglise? N’a-t-il pas soutenu avec une extraordinaire clairvoyance les positions du Vatican sur la contraception, puisque le vrai danger vient du clonage, de l’homme à l’image de la standardisation? J’admire l’indépendance dont il s’autorise pour s’afficher avec toutes ses jeunes maîtresses. Regardez Picasso: les vrais créateurs n’ont-ils pas toujours été des génies de la baise? Tout est politique, et avant tout le cul. Même si c’est dur.

La littérature est une expérience des limites. Là où il y a beauté, là où il y a fulgurance, la violence nous frappe. Ce qu’on aime arrive comme on éternue, disait Bataille, et lui ne prenait même pas de coke. J’y pense souvent à cause de Marie-Chloé. En fait, depuis qu’elle m’a quitté pour Jean-François, je pense à elle tout le temps. C’est très violent. Depuis notre rencontre, en khâgne, on vivait un amour fou. On faisait des lectures à voix haute de la «Philosophie dans le boudoir», on faisait des plans à trois avec sa cousine, on partageait tout, même notre analyste. Fallait-il que Marie-Chloé parte avec mon meilleur ami? La vérité serait-elle trahison? La vérité serait-elle femme? Je me laisserai pousser des moustaches, comme Nietzsche, comme Bové, comme bien d’autres encore.

Jean-François va porter notre histoire à l’écran. Le film s’appellera «Amie de mon ami», un scénario complexe, une intrigue inédite, un montage rivettien. D’ores et déjà, on parle de Jean-François comme du Garrel de notre génération. Nous voici embarqués: c’est très violent. Le gouffre s’ouvre sous nos pieds, mais la douleur nous fait planer. Le danger, disait Hölderlin, nous sauve. Vivons dangereusement! Résistons! Au Flore, en France, dans le monde.

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